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Jean-Claude DELALANDE PDF Imprimer Envoyer
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Quel est le fil conducteur à l’ensemble de vos séries ?
Je crois que le fil conducteur est l’être humain et plus particulièrement l’humain dans son cadre familial. La famille est à la fois  un environnement qui se veut rassurant mais peut révéler  parfois des côtés  inquiétants où il  peut se dérouler des scènes des plus dramatiques.

Qui sont les gens qui posent avec vous ?
Dans la série « quotidien » il s’agit essentiellement des autoportraits que je réalise avec ma compagne. J’ai débuté cette série  avec des proches qui se prêtaient au jeu de la mise en scène, souvent à leur domicile à l’occasion d’un repas ou d’une soirée. C’est en sorte le petit digestif qui finit bien la soirée. Il m’arrive encore de les solliciter pour mettre en image une idée que je ne pourrais pas réaliser seul avec mon amie.
Pour la série « Collègues » comme son nom l’indique il s’agit de mes collègues de bureau. Cette série devait être exposée au restaurant d’entreprise de ma boite d’assurances, mais malheureusement l’expo n’a pas eu lieu car elle était un peu trop dérangeante.   

Ces personnes ont l’air assez libéré ou disons qu’ils ne sont pas pudiques pour poser nu devant un objectif…
Je suis extrêmement pudique et je pense que mes amis le sont également, mais la complicité qui existe entre nous depuis de nombreuses années nous amènent à passer outre ces tabous. L’image que nous réalisons est uniquement une représentation de nous-mêmes et n’est pas le reflet réel  de notre personnalité ou de notre intimité. Un peu comme au cinéma lorsque qu’un acteur pour des raisons qui servent le scénario accepte de se dévêtir.

La série intitulée « Collègue » que je trouve très drôle est vraiment différente de toutes les autres séries… Des photos couleur alors que vous travaillez plutôt en noir & blanc. Le sujet est aussi plus léger que dans les autres séries… Qu’est ce qui vous a poussé à immortaliser ces profils d’hommes et de femmes ordinaires ?
Je ne sais pas si cette série est plus légère que les autres. La couleur donne peut-être cette impression mais ce sont des portraits où les personnages se retrouvent les yeux fermés, un peu comme s’ils voyaient l’image de leur propre mort. C’est cette représentation qui ma séduite, de plus comme je le disais plus haut le lieu d’exposition était un élément important dans ce travail. Je pense que sa force réside dans ce contexte. Les gens ordinaires ont tous un petit côté extraordinaire.  

Le quotidien est l’élément qui se dégage en premier lorsque l’on regarde vos œuvres…
Est-ce que ça vous fait peur le quotidien ? Le temps qui passe ? Est-ce pour immortaliser un instant présent ?

Effectivement le temps qui passe est un sujet qui me préoccupe et m’interpelle comme tout un chacun. Le quotidien m’ennuie, c’est pour cela que j’essaie de le magnifier afin de lui donner une apparence acceptable. Cela me permet également de passer de bons moments. Il faut que ces réalisations soient un  plaisir, un instant qui s’est passé et qui ne se reproduira plus.

La mise en scène est très présente dans l’ensemble de vos œuvres. On sent que vous ne faites rien au hasard… C’est important pour vous de tout calculer à l’avance pour réussir votre cliché ?
Je prépare la plupart des clichés à l’avance, soit en notant les idées, soit en faisant un croquis. C’est la nuit que mes idées de mises en scène me viennent le plus souvent mais également en regardant des films, la plupart du temps des films de la grande époque du noir et blanc mais je m’inspire également  énormément  de la peinture, des peintres comme William Hogarth, Edward Hopper, Vélasquez, Francis Bacon… m’apportent une quantité d’idées insoupçonnable.   

Techniquement parlant, sans aller dans les détails, est-ce que vous pouvez nous parler de votre manière de procéder ? Quel est le point de départ d’une photo de Jean-Claude Delalande ?
Le point de départ est souvent un lieu, principalement une location de vacances. J’utilise l’intérieur de ces maisons comme un décor de cinéma ou de théâtre et  j’incorpore des personnages, en l’occurrence notre couple, qui va jouer une scène de la vie quotidienne.

Une série que je trouve très particulière aussi, c’est « Journal intime » ! Votre double est constamment représenté, à côté de vous, vous regardant et vous tenant compagnie en quelque sorte. Comment cette série est née ? Parlez-moi un peu de cette série…
Cette série est venue un peu par hasard, quand un jour ma compagne  n’était pas disponible pour réaliser une photo, alors j’entrepris de me photographier seul en utilisant un temps de pose long. C’est une série qui parle entre autre de la solitude, de la disparition des êtres aimés et de leurs souvenirs. Ce personnage dédoublé semble beaucoup plus proche de son compagnon que les personnages de la série quotidien. Il se pourrait que se soit l’ami ou le compagnon que nous rêvons tous d’avoir.

J’ai vu dans votre biographie que vous avez été remarqué à plusieurs reprises par la presse photo, vous avez été lauréat à des concours, etc. Est-ce que vous êtes arrivé à une certaine reconnaissance dans le milieu ou cela reste encore du domaine du rêve ?
Je pratique la photographie depuis près de 25 ans mais il y a très peu de temps que j’ose montrer mon travail en participant à des concours et en démarchant des éditeurs ou des galeries.
Je pense que mon travail commence à être apprécié de plus en plus par le milieu artistique.

J’ai récemment eu la joie de voir mes images publiées  sous forme de portfolios numérotés par l’éditeur Chez Higgins. L’agence Ebloui qui distribue une partie de mon travail a organisé, à l’occasion du mois off de la photo à Paris en novembre, une exposition collective regroupant les photographes de son département auteur dont je fais partie .En juillet dernier, la série « Quotidien » a été projetée lors des rencontres photographiques d’Arles dans le cadre du Voix Off. Prochainement la série « Journal Intime » sera projetée à Auch dans le Gers, l’association « L’autre » qui organise cette exposition regroupant une dizaine de photographes, m’a aimablement invité à y participer.

Mais la route est encore longue, car mon rêve serait qu’un éditeur prenne le risque de publier mon travail sous la forme d’un livre.

Est-ce que vous pouvez nous parler de vos projets pour 2007 ?
Je travaille  actuellement sur une nouvelle série que j’ai entamée il y a  quelques mois et que vous pourrez découvrir prochainement sur mon site. Il s’agit d’un travail sur l’asymétrie des visages.

Quelle est l’œuvre la plus représentative de votre travail selon vous et pouvez-vous nous La décrire ?
Je crois qu’il n’y a pas une image qui se détache plus qu’une autre, il s’agit d’un travail de séries sur le long terme. La série « Quotidien »me tient vraiment à cœur et je compte la poursuivre le plus longtemps possible avec un nouveau personnage qui s’appelle Valentin, mon petit garçon.


Propos recueillis par Pascal Caillens en mars 2007.