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Florence DELLERIE PDF Imprimer Envoyer
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Née en 1984 à Bagnols Sur Cèze, petite ville du département du Gard, Florence Dellerie trouve rapidement sa voie : le dessin. Puis à l'age de 18 ans, elle découvre enfin l'aquarelle qui deviendra son médium fétiche ! Cette artiste talentueuse et plein d'avenir nous parle d'elle et nous exprime sa passion pour l'art africain...

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Comment s'est fait votre passage du dessin à l'aquarelle ?
J'ai dessiné avec toutes sortes de matériaux (crayon, mine de plomb, craie, fusain...) dès mon plus jeune âge, et mon passage à l'aquarelle s'est fait "subitement", en 2002, en récupérant spontanément une vieille boite de godets d'aquarelle qui appartenait à ma mère. Depuis que j'ai ouvert cette boite et que je me suis mis à peindre, je n'ai plus jamais lâché mes pinceaux.

Ces différents univers que sont ceux du "Jeu vidéo" ou du "Manga" ont fait parti de vos références dans vos débuts...
Effectivement, ayant un frère ainé passionné par les jeux vidéo, j'ai forcément baigné dans cet univers qui déborde de merveilles d'imagination. Décors extravagants, designs originaux, personnages fantastiques ; c'est un monde très particulier qui a inspiré mes premiers dessins.
Quant au Manga, j'ai découvert le trait d'un mangaka, Yukito Kishiro ("Gunnm"), qui est fin, précis, très esthétique et basé sur des recherches d'une complexité et d'une minutie exceptionnelle. Cela m'a donc également unfluencé, bien que le Manga ne soit pas une véritable passion. Au début, je copiais beaucoup de personnages ; ce qui m'a permis de m'entraîner et de faire évoluer mon trait.

Qu'est-ce qui vous a amené à travailler sur l'art africain et qu'est-ce qu'il évoque chez vous ?
La première fois que j'ai peins un tableau d'inspiration africaine, c'était en 2003, pour un ami. Il représentait un djembé, percussion traditionnelle, et était fait à l'aquarelle et à l'encre ; il est resté inédit. Cet objet une fois peint m'a incité à peindre d'autres merveilles issues de l'art d'Afrique Noire, en particulier les masques.
En commencant à m'intéresser à cet art, j'ai découvert des centaines d'ethnies, des représentations de la nature et de l'Homme que je ne connaissais pas, des merveilles restées jusque-là cachées de mes yeux. Cette découverte a été tellement fascinante que depuis, je voue une véritable passion à l'art d'Afrique Noire. J'ai appris beaucoup grâce à l'intérêt, l'amour que je lui porte sur les plans esthétique, historique et politique.
Avec le recul, cet art évoque beaucoup de choses pour moi. Mon père étant né à Madagascar, j'ai toujours vu dans la maison familiale des meubles, de vieilles photos et divers objets qui m'ont plongé dans cette culture dès mon enfance, même si c'était plus inconscient.
Il évoque chez moi, une conception particulière de la vie, du rapport entre les hommes et la nature. Il évoque l'idée d'un art souvent ignoré, voir méprisé, qui est pourtant sublime, extrêmement riche et d'une influence indiscutable sur l'art moderne, notamment en France. L'ouverture des esprits et l'attrait que représentent aujourd'hui les "arts premiers" sont une bonne avancée, mais j'ose espérer que ce n'est pas qu'un effet de mode éphémère.

On remarque que la femme est souvent représentée dans vos oeuvres... A-t'elle une signification particulière pour vous ?
La femme africaine représente pour moi une sorte d'idéale de beauté, et pas seulement de beauté plastique. La fierté, la dignité, les responsabilités et le courage qui leur sont inhérents en font un modèle que je ne me lasse jamais de représenter.
J'aime également traiter la relation particulière entre la femme et le masque africain, relation pleine de tabous et d'interdits. En effet, les femmes n'ont souvent pas le droit de porter les masques ou même de les voir, mais elles en sont une source d'inspiration majeure, chez Schokwé notamment.

Vos masques africains sont-ils des représentations connues ou le produit de votre imagination ?
La majorité des masques que je peins sont imaginaires. Ils gardent des codes plastiques précis, des formes inhérentes à l'art de telle ou telle ethnie, mais sont le plus souvent issus de mon imagination, combiné à tout ce que j'ai appris sur les différentes ethnies.
Il m'arrive toutefois de peindre des masques existants, à partir de photos ou de vrais modèles, tant je les trouve splendides ! J'ai envie de faire partager cette beauté en en montrant un aspect lors de mes expositions.

Qu'est-ce qui vous a amené à travailler aussi dans le domaine animalier ?
Mon amour pour la nature ! Ayant passé la plus grande partie de mon enfance à la campagne, je suis tombée amoureuse très jeune de mon environnement proche et de l'environnement en général. Les études botaniques que je peins sont également signe de la sensibilité particulière que j'ai vis-à-vis de la nature. Tellement de merveilles nous entourent sans que nous ne les voyions...
Ma passion pour les chevaux, depuis que j'ai 4 ou 5 ans, m'a également poussé à en faire des croquis et des aquarelles.

Votre série sur l'abstrait, c'est juste une expérience ou une évolution de votre travail ?
Un peu des deux... Au début, j'ai commencé à peindre des abstraits pour m'écarter de la représentation pure des choses, je me suis intéressé à cette forme d'art (qui n'est pas simple du tout) en en discutant avec d'autres peintres.
Je me suis rendu compte que même dans mes abstraits, l'influence de l'Afrique est perceptible, au niveau des couleurs employées, de l'atmosphère générale, de certains codes et de l'idée qui leur est conférée à chacun. J'ai encore beaucoup de chemin à faire dans cette voie.

Avez-vous des références dans la peinture ?
J'admire le travail de beaucoup de peintres qu'il serait impossible de tous citer ici. Les travaux de Paul klee, Gustav Klimt et Francis Bacon me touchent énormément. Le personnage et l'oeuvre de Picasso me fascinent également.

Vous n'avez jamais eu envie de faire de la peinture à huile ou de l'acrylique ?
L'acrylique me plait et je suis très tentée depuis quelques temps d'ajouter du relief, des matériaux et des textures à mes tableaux. Mais des contraintes d'espace (je vis dans un petit appartement) et de temps m'empêchent de réaliser tout ce que je souhaiterai "tester". Outre le fait que ce soit la première technique de peinture que j'ai essayée, l'aquarelle est également très pratique et rapide à mettre en place.

Etes-vous sur une nouvelle série actuellement ?
Je ne pense pas que l'on puisse regrouper mes tableaux dans une "série" actuellement. Disons que depuis 3 ans, tous mes tableaux sont empreints de l'art africain qui ne me lasse jamais, et dont je n'ai bien sûr pas la prétention d'avoir fait le tour. Cet art est bien trop varié, bien trop riche pour que j'aie envie, pour l'instant, de "passer à autre chose". Je ne me pose même pas la question !
Il arrive cependant que je mette en place un autre style de représentation, spontanément, comme mes "Visages Tatoo", mais l'art d'Afrique Noire est toujours là ! Ces différents styles " complètent" plutôt ce noyau central. En ce moment, je ne peins et ne dessine pratiquement que des objets, des masques et des statuettes africaines...

Vous êtes jeune et vous avez déjà beaucoup d'expositions à votre actif... C'est vendre qui vous intéresse ?
Ma première exposition remonte à l'année 1997, j'avais alors 13 ans... Elle s'est déroulée à Notre-Dame de Prévenchères, dans le magnifique village de Montpezat sous Bauzon (en Ardèche) ; une exposition que je fais maintenant chaque année !
A l'époque, j'exposais mes dessins et j'étais assez surprise de l'engouement des personnes à qui je vendais un tableau. Leurs achats réalisés plus par encouragement que pour l'intérêt plastique que représentaient mes dessins, m'ont considérablement motivé et poussé à exposer de plus en plus.
Si vendre me permet d'acheter du matériel, en particulier les cadres qui sont très onéreux, ce n'est pas une priorité en soi. Par contre, c'est un grand encouragement ! En exposant, ce que je souhaite le plus, c'est avoir un contact privilégié avec le public et recueillir leur opinion, savoir ce qu'évoquent mes tableaux pour eux. La forme d'art que je peins provoque les réactions les plus diverses... Certaines personnes me disent que les masques sont effrayants, qu'ils sont "horribles", d'autres les trouvent très esthétiques et expressifs.
Ce que j'aime par dessus tout, c'est qu'une personne issue du continent noir me donne son opinion. Lors d'une exposition récente près de Paris (à Montreuil), j'ai eu un retour très positif du public, constitué principalement d'hommes et de femmes d'origine africaine, à qui mes tableaux "parlaient" tout particulièrement.

Est-ce que la reconnaissance est une chose importante pour vous ?
La reconnaissance de l'art africain, oui ! La reconnaissance personnelle, beaucoup moins... Je trouve la notion de "reconnaissance" assez aléatoire et éphémère. Je ne l'attends pas, ne la désire pas ; la reconnaissance personnelle éludant toujours d'autres éléments plus importants à mes yeux ! Elle incarne en plus beaucoup de choses que je déteste, l'individualisme en tête.

Enfin, quel est le but de l'art selon vous ?
Je crois que l'art doit être avant tout une découverte et un échange permanent. Il doit faire découvrir de nouvelles formes plastiques, de nouveaux codes et sentiments, des formes d'expression inconnues et doit permettre d'ouvrir les esprits à l'Autre.

Propos recueillis par Pascal Caillens